
Le Centre national du livre (CNL) vient de publier sa nouvelle étude sur les pratiques de lecture des 7-19 ans, et autant vous prévenir : les chiffres ne font pas rêver. Dans la foulée, Emmanuel Macron annonce une « journée hors ligne » pour encourager la déconnexion. Je vous fais le point sur tout ça, et je me permets quelques réflexions depuis ma position de passionné de lecture numérique.
Ce que dit l’étude du CNL (et c’est pas brillant)
Tous les deux ans, le CNL commande à Ipsos une grosse enquête sur les habitudes de lecture des jeunes Français. L’édition 2026 vient de tomber, et si la présidente du CNL Régine Hatchondo résume la situation d’un ton mesuré, je trouve que ça va mal, très mal.
Concrètement, voilà ce qu’il faut retenir.
Le pourcentage de jeunes qui déclarent lire, que ce soit pour l’école ou pour le plaisir, reste stable par rapport à 2024 : environ 84 % lisent dans un cadre scolaire, 81 % pour leurs loisirs. Jusque là, ça va.
Mais c’est quand on regarde par tranche d’âge que ça se complique sérieusement. Chez les 7-9 ans, 91 % lisent pour le plaisir. Chez les 16-19 ans ? On tombe à 56 % pour les garçons. Et un tiers des 16-19 ans, tous genres confondus, ont purement et simplement abandonné la lecture. On ne parle pas de lire moins, on parle de ne plus lire du tout !
Le temps passé devant les écrans pour les loisirs atteint en moyenne 3h01 par jour (hors temps scolaire). En face, le temps de lecture pour le plaisir est de 18 minutes… C’est vraiment peu et c’est en baisse par rapport à 2024. Une évolution préoccupante.
Le vrai problème : l’attention des ados en miettes

Ce qui m’a le plus frappé dans cette étude, c’est un phénomène que le directeur d’Ipsos qualifie lui-même d’inquiétant : même quand les jeunes lisent, ils le font de plus en plus souvent avec un écran à côté. Ils envoient des messages, regardent des vidéos, scrollent entre deux pages.
La lecture n’est plus une activité à part entière ! C’est un truc que l’on fait à côté…
Et la conséquence est presque paradoxale : plus les jeunes avancent dans leur scolarité, plus ils ont de difficultés avec la lecture. On pourrait s’attendre à ce qu’un lycéen lise mieux qu’un collégien mais dans les faits, c’est l’inverse qui se produit.
Les 16-19 ans, ceux qui préparent le bac, sont ceux qui déclarent le plus de difficultés de compréhension. Le manque de pratique quotidienne finit par avoir des effets concrets sur les compétences.
Macron lance une « journée hors ligne »
Dans la foulée de ces résultats, l’Élysée est passé en mode « panique = réaction » et a annoncé qu’Emmanuel Macron se rendrait à la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts pour lancer ce qu’il appelle une « journée hors ligne ».
L’objectif est de proposer un rendez-vous annuel de déconnexion qui vise à promouvoir la lecture et les échanges en personne. Oui, un truc ou l’on doit à la fois lire et discuter avec son voisin. Logique ? Non, mais on n’est plus à une incompréhension près.
Le président rencontrera bientôt 350 élèves et mettra en avant « toutes les formes de lecture, notamment à voix haute ». Cette initiative s’inscrit aussi dans le débat sur l’interdiction de certains réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, une proposition de loi actuellement en navette entre l’Assemblée et le Sénat.
Au même moment, j’apprends que le CNC (Centre national de la cinématographie) accorde depuis des années des subventions pour la production de vidéos sur les réseaux sociaux via un programme appelé CNC Talents (qui semble en pause). Oui, on en est arrivé à ce niveau de bêtise…
Et les liseuses, les ebooks et la lecture numérique dans tout cela ?
Alors pour l’Etat et le CNL, la lecture passe nécessairement par la lecture sur papier, a priori.
L’étude ne mentionne pas spécifiquement les liseuses, mais elle parle abondamment du problème des écrans. Et c’est là que la nuance est importante : tous les écrans ne se valent pas !
Un smartphone avec TikTok, YouTube et des notifications toutes les 30 secondes, ce n’est pas la même chose qu’une liseuse à encre électronique qui ne fait qu’une seule chose : afficher du texte.
Le problème numéro un identifié par l’étude, c’est la fragmentation de l’attention. La liseuse est précisément l’antidote à ça. Pas de notifications, pas de vidéos, pas de tentations à portée de pouce. Quand vous ouvrez votre Kindle ou votre Kobo, vous lisez c’est tout.
Je ne dis pas que la liseuse est la solution miracle pour faire lire les ados, non c’est beaucoup plus compliqué que cela !
Mais, dans un contexte où même le temps de lecture restant est « cannibalisé par les écrans » (pour reprendre les mots de l’étude), un appareil dédié exclusivement à la lecture a du sens. C’est d’ailleurs le fait d’avoir une liseuse à la maison qui m’a fait lire beaucoup depuis plus de 10 ans.
Et, au pire, on peut aussi lire avec un smartphone. Donc, je ne considère pas que cet objet est aussi nuisible qu’on veut bien nous le faire croire.
En France tout est conçu pour participer au déclin de la lecture

L’Etat est totalement à la ramasse en ce qui concerne la lecture. Aujourd’hui, on fait le constat que les jeunes lisent moins et que le niveau baisse, mais la lecture est considérée comme une recette fiscale en France.
D’ailleurs, en même temps, on travaille depuis des années sur une taxe sur le livre d’occasion (à lire ici) qui vise à rendre les livres de seconde main plus chers ! (voir sur le site du Sénat)
Il y a aussi une taxe sur l’édition qui aide à financer le CNL.
Je continue ? Il existe une politique en France de prix unique du livre en librairie qui interdit les boutiques de proposer des réductions sur les livres (soldes, déstockage, liquidation, etc).
Et, en ce qui concerne les liseuses, les taxes appliquées sont consternantes :
- 20% de TVA sur l’appareil qui sert uniquement à lire des livres (contre 5,5% pour un livre ou un ebook)
- Une taxe pour redevance pour la copie privée sur le stockage interne de la liseuse qui vise à rémunérer les ayants droits de l’audiovisuel (musique principalement) !
Tant qu’on y est, on peut y ajouter une taxe sur la lecture publique ! Oui, on a des idées en France…
La France a donc tout mis en place ces dernières années pour rendre la lecture moins accessible au plus grand nombre et elle a parfaitement réussi coup.
Car, rendre le livre plus cher, c’est faire en sorte que moins de gens puissent en acheter. Que les parents lisent moins, qu’il y ait moins de livres à la maison et que les enfants voient moins leurs parents lire. Bien joué !









Je ne suis pas du tout d’accord sur la critique qui est faite du prix unique des livres.
Ce prix unique permet aux petites librairies de tenir le coup face aux gros vendeurs de livres tels qu’amazon ou la fnac. À l’heure actuelle c’est pas la joie pour les librairies indépendantes mais sans le prix unique il n’y en aurait probablement plus. Et pour ce qui est de donner le goût à la lecture, elles sont un acteur majeur pour la promotion du livre. Elles organisent des groupes de lecture, des rencontres avec les auteurs, des évènements… Alors que la fnac du coin va éventuellement faire venir le dernier politique ou influenceur qui veut vendre son nouveau bouquin pour faire des dédicaces à la chaine mais rarement plus.
Dans une grande ville comme la mienne on trouve plein de librairies de genre qui permettent de découvrir pleins de niches : mangas, bandes dessinées, comics, polar, religion, enfants, fantastique… Si je dois offrir un livre à un enfant je n’ai rien à perdre d’aller dans une librairie dédiée à la littérature enfantine et j’y trouve des mises en avant différentes du classements des meilleures ventes d’amazon, les vendeurs ou vendeuses y sont de bon conseil et m’aide à choisir au mieux. Il est évident que si amazon pouvait me proposer les mêmes livres à moitié prix, je ne me déplacerais pas et je choisirais peut-être un livre conçu par IA que je n’ai pas pu feuilleter, mais comme c’est pas cher je pourrais en offrir deux !
Dans le tout petit patelin de mes parents, c’est une librairie associative qui a ouvert ses portes, ça met de la vie dans le village, elle organise des évènements et par ce biais amène les gens vers la lecture.
Ce n’est pas pour dire que le prix du livre ne peut pas être un frein à la lecture, mais l’écosystème autour du livre a un coût et en réduisant les prix on prend le risque de casser cet écosystème.
Et il existe par ailleurs de bonnes alternatives pour lire à moindre coût : l’occasion, les bibliothèques, les liseuses pour le domaine public et le pir… heu non pas ça ! Pour un gros lecteur, le livre neuf à chaque fois c’est un luxe.
Merci d’avoir partagé votre avis.
Très bon article. Intéressant !