
L’étude 2026 du Centre national du livre vient de tomber et les chiffres font mal : les 7-19 ans passent en moyenne 3h01 par jour devant les écrans pour leurs loisirs, contre seulement 18 minutes à lire. Chez les garçons de 16-19 ans, à peine plus d’un sur deux lit encore pour le plaisir. Un tiers des grands ados a carrément abandonné la lecture.
Heureusement, 81 % des jeunes déclarent toujours aimer lire. Le goût est encore là. C’est la pratique qui s’effrite face à la concurrence des écrans. Alors plutôt que de se lamenter, j’ai creusé la question : que disent les études sur ce qui marche vraiment pour donner (ou redonner) l’envie de lire aux enfants et aux ados ?
J’en ai tiré 5 gestes concrets, validés par la recherche. Rien de révolutionnaire, mais des habitudes simples qui, mises bout à bout, peuvent tout changer.
Vous pouvez consulter cette vidéo si vous ne voulez pas lire ce texte (notez l’ironie de la situation) :
1. Lisez des histoires à voix haute (oui, même aux grands)
C’est une action sous estimée mais assez bien documentée. Michel Desmurget, directeur de recherche à l’INSERM et auteur de Faites-les lire ! (Seuil, 2023, voir sur Amazon.fr), insiste sur un point que beaucoup de parents ignorent : la lecture à voix haute ne devrait pas s’arrêter quand l’enfant apprend à lire seul. Elle devrait continuer bien après, y compris à l’adolescence.
Pourquoi ? Parce que les histoires lues à voix haute enrichissent le vocabulaire, développent la compréhension narrative et surtout associent la lecture à un moment chaleureux et partagé.
L’étude du CNL confirme d’ailleurs que les jeunes de tous âges adorent ces moments de lecture partagée. Régine Hatchondo, la présidente du CNL, en fait un « enjeu fondamental » pour les prochaines années.
2. Lisez vous-même (vous donnez l’exemple)
L’étude du CNL révèle un chiffre qui m’a frappé : 18 % des jeunes disent qu’aucun de leurs parents ne lit de livres.
Et dans l’autre sens, les enquêtes montrent que les adultes qui déclarent que la lecture était très importante dans leur foyer pendant l’enfance sont à plus de 95 % des lecteurs, dont 41 % de grands lecteurs.
Les enfants reproduisent ce qu’ils voient. Si votre enfant ne vous voit jamais avec un livre (ou une liseuse) entre les mains, le message implicite est clair : la lecture, c’est pas intéressant !
Pas besoin de dévorer un roman par semaine. Dix minutes sur le canapé avec un livre ou une liseuse, c’est déjà suffisant à mon avis.
3. Laissez les enfants choisir ce qu’ils veulent lire (manga, BD, romance : tout compte)
Un lecteur se construit en liberté, pas sous la contrainte. Forcer un enfant à lire un « classique » qu’il n’a pas choisi, c’est le meilleur moyen d’associer la lecture à une corvée.
Je me suis mis à lire grâce à Stephen King, puis j’ai découvert Harry Potter, les bouquins dingues de Bret Easton Ellis et la science-fiction riche de Richard Matheson, puis la philosophie avec Sénèque… Et, seulement à 40 ans, je me penche enfin sur les fameux classiques de Maupassant.
L’étude du CNL montre que les jeunes plébiscitent les BD, les mangas, les romans d’aventure, la SF et les policiers. Un ado qui dévore des mangas ou de la SF est un lecteur, c’est aussi simple que ça. Et un lecteur de mangas aujourd’hui sera peut-être un lecteur de romans dans quelques années. (après tout beaucoup de lecteurs de mangas s’intéressent également à leurs dérivés : les light novels)
4. Mettez un livre numérique dans leur smartphone
C’est peut-être ce qui correspond le mieux à la réalité des ados d’aujourd’hui. Votre enfant ne lâche pas son téléphone ? Au lieu de vous battre contre l’écran, mettez des livres dedans.
Les applications Kindle et Kobo sont gratuites et permettent de lire sur n’importe quel smartphone. Pour les enfants qui résistent à la lecture traditionnelle ou pour qui elle est ardue (dyslexie, fatigue visuelle), le numérique peut être un vrai tremplin : police ajustable, mode sombre, dictionnaire intégré.
Et si vous voulez aller plus loin, une liseuse à encre électronique est aussi intéressante : pas de notifications, pas de TikTok, pas d’Insta, pas de Snap… Juste du texte, mais dans un appareil high-tech qui fera des envieux au collège ou au lycée.
Si vous voulez vous faire une belle librairie d’ebook pour pas un rond, vous pouvez consulter cette page qui contient des dizaines de sites et ressources pour télécharger gratuitement des ebooks.
5. Emmenez vos enfants en librairie
Créez une sortie une à deux fois par mois pour vous rendre dans une librairie. Laissez vos enfants regarder les livres, les toucher, les feuilleter et offrez leur un livre qu’ils auront choisi.
Oui, cela va vous coûter quelques dizaines d’euros par mois, mais cela vaut le coup sur le long terme.
6. Constituez votre bibliothèque de livres à la maison
Si vous voulez que vos enfants s’intéressent aux livres, vous allez devoir avoir une bibliothèque.
Achetez quelques dizaines de livres : commencez par Harry Potter qui plait à toute la famille, des romains policier (Sherlock Holmes c’est bien pour débuter), de la SF et de l’horreur (je recommande les recueils de nouvelles de Stephen King et de Richard Matheson par exemple).
Vous pouvez acheter des livres en bibliothèque, mais aussi d’occasion (en ligne ou non) et vous pouvez aussi en trouver dans les boîtes à livres qui se multiplient dans les villes de France.
Ce que dit la science : la lecture transforme le cerveau
Pour ceux qui n’y croient pas vraiment, voici ce que la recherche la plus récente nous apprend.
Une étude majeure publiée en 2023 dans la revue Psychological Medicine par des chercheurs de Cambridge, Warwick et Fudan a analysé les données de plus de 10000 enfants dans le cadre du projet ABCD (Adolescent Brain and Cognitive Development).
Les résultats sont clairs : les enfants qui lisent pour le plaisir obtiennent de meilleurs scores cognitifs, une meilleure mémoire verbale, de meilleurs résultats scolaires et présentent moins de troubles de l’attention et de problèmes comportementaux.
Plus impressionnant encore : la lecture pour le plaisir est associée à des différences mesurables dans la structure même du cerveau. L’étude identifie un optimum autour de 12 heures de lecture par semaine (et là je trouve que ça peut faire beaucoup, même pour moi !).
De son côté, Michel Desmurget (INSERM) estime que sur un million de mots lus, un enfant retient environ 1 000 mots nouveaux de façon durable qui viendront enrichir son vocabulaire. Or le vocabulaire permet de mieux s’exprimer et de mieux comprendre les textes (et donc le monde).
En résumé : vos enfants doivent lire et le meilleur moment pour commencer c’est aujourd’hui !
Sources : Étude CNL/Ipsos 2026 sur les jeunes et la lecture | Étude Cambridge/ABCD, Psychological Medicine, 2023 | Michel Desmurget, Faites-les lire !, Seuil, 2023.









