Pourquoi les liseuses sont si chères ?

remarkable paper pro

Contrairement à certains appareils, le prix des liseuses évoluent surtout à la hausse et, sauf exception, ces prix ne font que monter d’année en année. Mais pourquoi donc les liseuses sont aussi chères ?

Vous avez sans doute remarquer que le prix des télévisions de grande diagonale ne fait que baisser d’année en année. Or, ce n’est pas le cas pour les liseuses dont les modèles à grands écrans continuent d’être vendus très chers, même des années après leur première commercialisation.

Pour bien comprendre cela, il faut d’abord s’intéresser à ce qui coûte le plus cher dans une liseuse : l’écran à encre électronique.

Ainsi, un écran seul de 10 pouces peut coûter déjà 200€ si on l’achète au détail. Même si son prix sera inférieur pour la fabrication d’une liseuse, cela impose déjà un prix important sur l’appareil final.

Lorsque l’on cherche qui fabrique les écrans à encre électronique des liseuses, on tombe rapidement sur l’entreprise E Ink, une société taïwanaise qui contrôle entre 60 et 70 % du marché du papier électronique, et plus de 90 % sur le segment des liseuses. Un chiffre officiel sans doute plus proche des 95% ou 98% dans la réalité.

Par exemple, ce sont des écrans de cette entreprise que l’on retrouve dans les liseuses Kindle, Kobo ou Vivlio. Les écrans du type « Carta » ou « Kaleido » viennent de E Ink.

L’encre électronique a été inventée en 1997 (en savoir plus ici) et son brevet a expiré en 2017. Aujourd’hui, n’importe quelle entreprise peut venir concurrencer E Ink sur ce segment et propose des écrans à encre électronique concurrents de ceux fournis par E Ink.

Alors pourquoi les prix des liseuses ne baissent pas ?

E Ink fait une démonstration d’un prototype d’écran pliant

La raison est assez simple : E Ink a été rachetée par l’entreprise qui fabrique les écrans E Ink, Prime View International, le plus grand fabricant d’écran de Taïwan. Pour caricaturer, c’est un peu l’usine qui a acheté la technologie (source).

En parallèle, Prime View International s’est « contenté » de racheter tous les concurrents qui pouvaient faire de l’ombre à son usine de fabrication d’écrans à encre électronique :

  • Les écrans Philips « e paper » en 2005 : Prime View International a acquis l’activité e-paper de Philips Electronics et s’est associé à E Ink pour fournir des écrans de liseuses, dont le Sony Reader et les Kindle 2 et Kindle DX.
  • Hydis Technologies en 2008 : acquisition de 74 % du capital de Hydis Technologies, en Corée, quadruplant sa capacité de production des backplanes à transistors utilisés dans l’e-paper. (source)
  • SiPix (2012) : en août 2012, E Ink a signé un accord définitif pour racheter la majorité des parts de SiPix Technology et de sa filiale SiPix Imaging, fabricants d’écrans électrophorétiques basés sur la technologie micro-cup, situés à Fremont (Californie) et à Taïwan. (source)

Dans ce contexte, c’est bien Prime View International qui détient pratiquement l’intégralité des technologie de l’encre électronique et qui peut donc imposer ses tarifs pour rentabiliser au maximum ses investissements. C’est un monopole.

Mais pourquoi d’autres grandes entreprises ne viennent pas concurrencer Prime View International et E Ink ?

En réalité, il y a eu des tentatives et des grandes entreprises comme Samsung se sont intéressées à cette technologie.

Particules de l'encre électronique
Particules qui constituent l’encre électronique

Mais, il y a une réelle difficulté technique avec l’encre électronique : remplir des millions de microcapsules uniformément sans défauts est très délicat, et les défaillances augmentent avec la taille de l’écran. De nombreuses entreprises (Samsung, Qualcomm, Xerox, Clearink…) ont abandonné.

On peut citer également l’exemple de Liquavista, une entreprise fondée en 2006 et rachetée en 2010 par Samsung, puis en 2013 par Amazon puis fermée en 2018 (lire ici) sans que l’on sache ce que la technologie est devenue !

De plus, le marché n’est pas aussi juteux que pour les écrans LCD ou OLED que l’on retrouve partout. Le jeu n’en vaut donc pas la chandelle pour ces grosses entreprises.

Cela ne signifie pas pour autant que d’autres entreprises ne fabriquent pas d’écrans à encre électronique, mais elles se sont simplement éloignées des liseuses pour se concentrer sur l’industrie et fournir des outils et matériels de signalisation, voici quelques exemples :

  • Guangzhou OED Technologies (Chine) : fabrique des écrans à destination des secteur de l’emballage, publicité, panneaux/enseignes, étiquettes, cartes à puce (smart cards), avec des produits exportés vers plus de 20 pays. Son terrain principal reste l’étiquette électronique de rayon (ESL) et la signalétique, plutôt que la liseuse grand public.
  • Pervasive Displays (Taïwan) : partenaire de E Ink, se concentre sur l’affichage pour l’industrie et la santé.
  • DKE (Chine) : usine qui fabrique sous licence, mais qui ne semble pas développer leur propre technologie.
  • Tianma (Chine) : fabrique de petits écrans pour l’industrie, semble se concentrer sur l’automobile.

Voici donc pourquoi les liseuses coûtent chères : c’est essentiellement en raison d’un monopole lié à la fabrication des écrans à encre électronique.

Et cela risque de durer encore quelques années, à moins d’une annonce forte du côté d’un concurrent, sans doute chinois, qui viendrait commercialiser un écran pour liseuse. Peut être que cela pourrait venir de Guangzhou OED Technologies ?

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ℹ️ Contenu rédigé par Nicolas. Le site Liseuses.net existe depuis plus de 14 ans pour vous aider à naviguer dans le monde des liseuses (Kindle, Kobo, Vivlio, etc) et faire la promotion de la lecture (numérique ou non). Vous pouvez en savoir plus en lisant notre page a propos.

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