
E Ink Holdings Inc (元太科技) est le premier fournisseur mondial d’écrans à encre électronique, ceux que l’on retrouve notamment dans les liseuses. L’entreprise vient de revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026, en raison, selon elle, du report du lancement de nouveaux appareils, dont les liseuses.
Attention toutefois : les résultats de l’entreprise ne sont pas mauvais, loin de là. Au deuxième trimestre, le bénéfice net a progressé de 26 % sur un an, à 3,73 milliards de dollars taïwanais, et la marge brute reste très confortable, à 58,7 %. C’est la prévision de croissance du chiffre d’affaires annuel qui est abaissée : E Ink table désormais sur 10 à 15% de croissance en 2026, contre 20 à 25% espérés jusqu’ici.
Cet espoir reposait en bonne partie sur la transition des écrans à encre électronique noir et blanc vers la couleur.
Nous l’avons tous remarqué, les écrans à encre électronique couleur sont de plus en plus présents dans les liseuses. C’est donc un choix de E Ink de pousser ces écrans, plus chers, pour augmenter ses marges. D’ailleurs, si vous vous demandez pourquoi les liseuses coûtent cher, je vous recommande la lecture de cet article sur le sujet.
En 2026, E Ink et les marques de liseuses ont rencontré un problème connu de toute l’industrie de l’électronique et du numérique : une augmentation spectaculaire du prix des composants mémoire.
La conséquence a été double pour l’industrie de la liseuse et des blocs-notes numériques :
- les prix des anciens modèles ont augmenté, et la demande pour ces générations précédentes s’est donc érodée ;
- les nouvelles liseuses qui devaient sortir en 2026 ont été repoussées par les clients de E Ink.
Le président de E Ink, Johnson Lee (李正昊), a résumé la situation lors de la conférence de résultats de l’entreprise à Taipei : le segment grand public des liseuses et blocs-notes numériques subit un recul de son chiffre d’affaires à deux chiffres. Conséquence directe, le troisième trimestre, habituellement la haute saison de E Ink, ne le sera pas cette année : ce sera le quatrième.
Le reste de l’activité, en revanche, se porte bien. E Ink maintient une prévision de croissance de 20 à 25 % pour sa branche « Internet des objets », portée par l’adoption des étiquettes électroniques de gondole par les grands distributeurs américains et européens. Autrement dit, c‘est bien la liseuse qui pose problème, pas l’encre électronique en général.
Ces éléments ont été communiqués officiellement par E Ink lors de sa conférence de résultats du 13 août 2026 : https://www.taipeitimes.com/News/biz/archives/2026/08/14/2003862450
Mais on peut aussi extrapoler. Si les signes que le monde des liseuses change sont bien présents depuis des mois, et si certaines entreprises sont réellement en difficulté, comme reMarkable (lire ici), il y a aussi des signes de bonne santé.
Tout d’abord, Kobo a annoncé l’arrivée d’un nouveau produit, et Amazon semble également prêt à proposer au moins de nouvelles versions de ses Kindle en Europe (avec batterie remplaçable). Ensuite, on a Vivlio en France, qui a écoulé très rapidement sa Vivlio One il y a quelques mois. C’est bien le signe qu’une liseuse au prix compétitif peut débloquer les choses.
Enfin, et c’est plus personnel, je pense que pousser l’encre électronique couleur comme le fait E Ink aujourd’hui a été une déception pour beaucoup de gens, qui espéraient retrouver sur une liseuse la qualité d’affichage d’un smartphone ou d’une tablette. Les couleurs restent assez ternes, même en 2026, sur la dernière technologie d’écran couleur à encre électronique disponible. L’arrivée massive de la couleur a donc fait grimper les prix des liseuses, sans nécessairement faire décoller les ventes.
La bonne nouvelle dans tout cela, c’est que les lancements évoqués par E Ink ne sont pas annulés, mais reportés : les modèles de liseuses et de blocs-notes numériques attendus cette année devraient donc arriver plus tard, on peut même les espérer en 2027.










