Pourquoi les livres papiers sont moins chers que les ebooks ?

Si le livre numérique commence à bien s’implanter dans le monde, il reste quelques pays qui font de la résistance. La France en fait partie puisque, pour le moment, moins de 4% des livres vendus sont des ebooks… Pourtant, il semble que les éditeurs ne souhaitent tout simplement pas du livre numérique !

Si les chiffres des ventes d’ebooks sont assez faibles en France, je suis toujours resté optimiste pour ce média (lire ici). D’autant plus que si on regarde de plus près les chiffres, lire des livres numériques fait faire des économies et que nos voisins, européens ou non, en sont très friands.

Mais, avec l’aide de Philippe (un lecteur de liseuses.net), j’ai pu me rendre compte que certains éditeurs ne jouent pas le jeu du numérique.

Alors qu’on pense qu’éditer un ebook réduit les coûts de distribution et les différents frais associés à la création du livre (pas d’impression papier, pas de camion pour distribuer le livre dans les librairies, pas de stocks à gérer, etc.), vous êtes nombreux à vous apercevoir que certains livres sont vendus moins cher en version papier qu’en version ebook !

Je ne pense pas avoir le fin mot de l’histoire, mais je pense avoir trouvé un début d’explication…

Prenons l’exemple suivant : le livre La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq. Ce livre doit intéresser pas mal de gens car il a eu le prix Goncourt en 2010 et que son auteur vend bien (voir très bien).

carte-territoire-houellebecq-ebookBref, je me rend sur le site de la FNAC et je constate trois prix différents pour ce livre (cliquez-ici pour voir les résultats) :

  • La version Flammarion sortie en 2010 disponible à 21,38€
  • La version J’ai lu sortie en 2012 disponible à 7,60€
  • La version numérique de Flammarion à 7,99€

Clairement, la version numérique est plus chère que la version papier du même ouvrage. On est donc face à une espèce d’anomalie qu’on peut aussi retrouver sur Amazon (ce n’est donc pas propre à la FNAC) et tout porte à croire que J’ai lu casse les prix pour favoriser l’achat de la version poche (et papier donc).

Sauf que J’ai lu et Flammarion font partie du même groupe (wikipedia). Donc Flammarion organise volontairement la promotion de la version papier au détriment de la version numérique. Quoi qu’il arrive, le groupe Flammarion touche de l’argent pour la vente du livre.

Ce n’est pas seulement le cas d’éditeurs à l’intérieur d’un même groupe ou pour des nouveautés. Ainsi, les livres Ça de Stephen King sont frappés de la même malédiction : il est plus avantageux de prendre la version papier au format poche (J’ai Lu) que la version ebook aux éditions Albin Michel (voir sur le site de la FNAC).

grand-coeur-folio-rufinIl ne s’agit même que d’un centime ou deux de différence parfois comme sur ces éditions du livre Le Grand Coeur de Jean-Christophe Rufin (Folio) où la version numérique est 1 centime d’euro plus cher que la papier. Un centime largement suffisant pour dégoûter le lecteur.

Le résultat c’est que les acheteurs de la version numérique se sentent trompés. En effet, la valeur perçue est moindre car en achetant la version numérique on a pas l’objet papier. Donc, si un lecteur veut la version ebook, il doit payer plus cher que le papier.

Si, à la rigueur, les deux versions étaient au même prix… mais non la version du livre la moins chère à produire est plus chère à l’achat pour le lecteur / consommateur.

Je ne sais pas ce qu’en pense tous les lecteurs, mais j’en connais un certain nombre qui pourraient avoir recourt au piratage dans un pareil cas de figure

Les éditeurs français ne veulent tout simplement pas du numérique.

Ils vont vous dire que le problème vient d’un trop faible retour sur investissement. C’est vrai : mais c’est volontaire de leur part. Avec de tels prix pour le numérique, un grand nombre de lecteur finiront par maîtriser les rouages du téléchargement illégal (pour l’instant réservée aux plus utilisateurs habiles d’Internet et de l’informatique).

De plus en plus de personnes lisent sur liseuse, tablette ou smartphone. Et maintenant que plus de la moitié des Français ont un smartphone dans la poche, ils découvriront bientôt que le monde de la lecture numérique s’ouvre à eux. Logiquement, je peux prédire sans mal qu’un jour le piratage d’ebook sera monnaie courante en France, comme c’est le cas pour le cinéma ou la musique sauf si…

Sauf si les éditeurs français ont le courage d’aller de l’avant et de changer les choses.

9 réflexions au sujet de « Pourquoi les livres papiers sont moins chers que les ebooks ? »

  1. Le , Claude Arquin a dit :

    Bonsoir, tout à fait d’accord avec vous s’ il s’ agit d’un livre passé en édition poche mais sinon le livre numérique pour un titre récent est moins cher que la version papier. J’ai acheté le nouveau Musso (Central Parc), le dernier Nesbo (Police) et le dernier Coben: j’ai gagné en moyenne 5 euros sur chaque livre quand même avec Amazon pour ma Kindle Paperwhite donc tout dépend de « l âge » du livre concerné et pour ma part je ne regrette pas mon choix d avoir opté pour le numérique mais c’est vrai qu il faudrait que les éditeurs jouent plus le jeu pour promouvoir davantage le numérique dans notre pays. Salutations.

    • Le , Nicolas a dit :

      Bonjour, vous avez raison, acheter des ebooks est quand même plus avantageux que acheter des livres papiers.
      Si on lit moyennement, on a vite fait de rentabiliser sa liseuse.
      Cet article détaille tous les calculs : http://www.liseuses.net/ebook-liseuse-economie/

  2. Bonsoir, content que t’avoir écrit sur ce sujet et que tu en ai fait un article qui est fort bien écrit. Oui l’ebook est plus avantageux que le livre papier format broché mais dommage que ce ne soit pas le cas pour le format de poche. J’ai un ebook depuis le début de l’année ce qui me permet de diversifier mes lectures aussi par des livres gratuits et par le biais de petit éditeurs. Cela permet aussi d’avoir une source différente.

  3. Le , Nicolas a dit :

    Je me permet juste de dire, que j’ai pu lire sur certain site d’éditeur (forum du Bélial), éditeur qui ne publie pas de poche, mais du numérique, et que si le prix de leur livre numérique était moins cher que l’édition poche, ils pouvaient faire une croix sur la vente de leur prochain livre en poche. Et comme pour l’instant pour le Bélial et sûrment pour d’autre éditeur, les ventes des droits des livres ne poche sont plus important que le numérique, (ils ne peuvent pas faire l’impasse sur le poche), la plupart des livres numériques des éditeurs indépendants seront plus cher que le poche. C’est dégueulasse mais c’est comme ça :(

    Nicor

    • Le , Nicolas a dit :

      Merci pour cette précision.

  4. Le , Catherine a dit :

    Il existe des éditeurs numériques, qui ne sont pas bloqués par le prix du papier ou du poche qui vendent des ebooks moins chers. Il faut les chercher pour découvrir de nouveaux auteurs. Bonne lecture à tous.

  5. Le , Alyenor a dit :

    Je trouve également que le prix du livre numérique est très cher, d’autant qu’on n’en est pas légalement propriétaire et qu’on ne peut ni le prêter ni le revendre.
    contrairement à ce que vous avez l’air de penser (ou de faire semblant de penser), le piratage de livres numériques est extrêmement simple et bien plus rapide que de passer une commande sur amazon ou la fnac…
    A mon avis, il faudrait surtout que la vente de livres numériques se fassent directement d’auteur à lecteurs… je suis toute prête à payer un livre numérique 1 ou 2 euros, et si on est 50 000 à faire pareil, ça fera 50 000 ou 100 000 euros qui seront dans la poche de l’auteur… je ne sais pas combien gagne un auteur, mais il me semble que 100000 euros est un prix correct pour l’écriture d’un livre…

  6. Le , nico a dit :

    La vente d’auteur à lecteur, c’est réduire le travail des éditeurs au simple fait de vendre, un peu comme pour la musique: des groupes comme coldplay ou U2 pourraient se passer de maison de disques, et vendre leurs MP3 sur leur site. Mais ce n’est pas le cas de petits groupes, qui ont besoin de la promotion et du réseau de distribution des majors.

    Combien de lecteurs auraient acheté « La vérité sur l’affaire Harry Quebert » s’il avait fallut aller sur « joeldicker.ch » ?!

    Le livre numérique me fait penser aux mp3 dans les années 2000. L’offre est encore assez limitée, sauf que comme vous le précisez, le piratage aujourd’hui est beaucoup plus accessible….

  7. Le , z0n3z75a a dit :

    Bonsoir,

    Même si le sujet date un peu, je le lisais avec attention, histoire de choisir mon cadeau de Noël.
    Eh bien j’ai donc deux solutions:
    – soit rester au format poche puisque sur certains livres qui m »intéressent l’avantage est clairement pour le papier (http://recherche.fnac.com/SearchResult/ResultList.aspx?SCat=0%211&Search=l%27heure+trouble&sft=1&sa=0&submitbtn=OK)
    – soit passer au piratage car le même livre en recherche Google est directement téléchargeable (http://www.vosbooks.net/58042-livre/lheure-trouble-johan-theorin.html).Si ça continue, le piratage va aussi gagner le livre. Et là c’est encore plus déplorable car je ne crois pas que la majorité des écrivains roulent sur l’or.

    L’article le dit bien et moi aussi.
    Nous ne serions jamais passés au téléchargement illégal si les CD téléchargés étaient à des prix raisonnables (<5€). Mais un CD pressé à 13€ alors que le téléchargé en vaut 10, avec un qualité bien moindre, c'est se foutre des acheteurs.

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