Livre papier contre ebook : pourquoi tant de haine ?

Des livres empilés (pile de livres)Depuis l’annonce des baisses de ventes des ebooks (aux USA surtout), les experts auto-proclamés de la questions publient des articles dans les journaux ou sur des blogs pour nous expliquer la supériorité du papier par rapport au numérique. Je préfère être clair : ce sont des foutaises !

Oui je suis un peu énervé, car on utilise des chiffres pour opposer deux choses qui n’ont pas lieu d’être. Et, surtout, on oublie le vrai débat qui doit avoir lieu…

Pourquoi opposer le numérique au papier ? Un roman est-il meilleur sur papier ? Un lecteur qui lit le dernier Stephen King est-il plus bête que celui qui aura acheté la belle édition papier ?

Les fameux chiffres de ventes des ebooks

Les ventes de livres numériques ont baissé, c’est indéniable. Les vrais experts ont lu les chiffres et réussi à faire la relation avec la politique des auteurs américains et anglais qui ont augmenté le prix de l’ebook.

Donc, lorsqu’on augmente le prix d’un bien culturel il s’en vend moins. Cela semble logique pour tout le monde sauf pour quelques personnes qui y voient des raisons cérébrales pseudo scientifiques.

Voici un exemple tiré du site echosciences-grenoble.fr (très bon site au passage en règle générale) : http://www.echosciences-grenoble.fr/communautes/atout-cerveau/articles/les-livres-resistent-aux-liseuses-la-reponse-peut-etre-dans-nos-cerveaux

Livre et cerveauOui allez lire cet article ridicule qui se permet de citer un article du Guardian sans même le lire jusqu’au bout (voir ici en anglais).

Là encore, on y parle de la baisse des ventes d’ebooks et l’article est explicite lorsqu’il parle des éditeurs : « They have increased prices for many of their ebooks« , qu’on peu traduire par « Ils ont augmenté le prix d’un grand nombre de leurs ebooks« .

Mais des pseudos experts en lecture numérique préfèrent penser que, comme le livre numérique n’est pas un produit physique, il a moins de « pouvoir d’évocation » qu’un livre papier…

Bref, à ce niveau, personne irait au cinéma et tout le monde se tournerait vers le DVD ou le Blu-ray non ? Et pour les concerts ?

Pourquoi chercher une explication compliqué quand la réalité est tellement simple : les ebooks se vendent moins bien car leur prix augmente. L’auteur de l’article en question connaît-il le Rasoir d’Ockham ?

De la mort de l’ebook en France

nombreux livresMais alors pourquoi on veut à tout prix voir l’ebook mourir ou, au mieux, faire des ventes anémiques ?

Tout d’abord, la plupart des experts qui écrivent ces papiers étranges sont âgés ou sont à la soldes des éditeurs et de l’industrie du livre. Non, ça se serait logique comme explication, mais en réalité je ne sais pas vraiment…

Il est clair que la filière du livre papier fait vivre beaucoup de monde en France. Qu’il s’agisse des libraires, des imprimeurs, des fournisseurs de papier ou des transporteurs, de nombreux emplois existent grâce au livre papier.

Il s’agit donc peut-être d’une peur de la perte d’emplois (avérée) qui alimente inconsciemment cette campagne de dénigrement du livre numérique.  Le social a toujours eu une place importante en France.

Pourtant, ce n’est pas des ventes d’ebooks qu’il faut avoir peur, bien au contraire il faudrait même s’en réjouir…

Le problème du piratage

Piratage ebookVoici un autre symptôme de l’aveuglement des professionnels du livre face au fléau qu’est le piratage…

J’ai écouté le très bon podcast de l’Agence Tous Geeks consacré au livre numérique. C’est un peu long, surtout la fin qui est sans rapport avec les ebooks, mais très instructif.

On y entend Vincent Monadé qui est président du CNL (Centre National du Livre). Il y parle de ses nombreuses actions en faveur du livre et de sa conservation (numérisation du patrimoine en particulier).

Figurez-vous qu’à aucun moment, la question du piratage est abordée dans cette émission.

Plus j’y réfléchi et plus il semble que les professionnels du livre ont des œillères. On dirait qu’ils pensent qu’en ne parlant pas du piratage, il n’existe pas.

Pourtant le piratage de livres numériques commencent à faire des ravages en France. On l’a déjà constaté il y a un an avec la sortie du dernier Houellebecq (ce qui n’a pas empêché des ventes extraordinaire du livre, au format papier en tout cas).

Mais je constate que de plus en plus de personnes autour de moi prennent conscience qu’il est possible de lire sur smartphone (voir mon compte rendu ici). Le jour où ses personnes se rendent compte qu’il existe des livres à téléchargement gratuitement sur des sites qui ont pignon sur rue dans Google, le drame aura lieu et il sera déjà trop tard.

Et les experts qui ne voulaient plus de ventes de livres numériques prieront pour que les lecteurs achètent à nous ces ebooks qu’ils détestent tant…

Pourtant on connaît la solution à ce fléau : rendre l’offre numérique attractive, baisser les prix, casser les sites de partages illégaux de fichiers, etc.

S’il vous plaît, ne répétons pas les erreurs du passé faites avec l’industrie du disque !

Le grand remplacement : un fantasme des amoureux du livre papier

Liseuse KindleLa plupart des amateurs de livres papiers et pourfendeurs du numériques parlent du « grand remplacement » du papier par l’ebook comme de la menace ultime.

C’est pourtant un concept inventé par les libraires pour faire peur à ceux qui veulent passer au numérique en achetant une liseuse et des ebooks légalement.

Je ne connais pas un seul amateur d’ebook qui dénigre les lecteurs de livre papier. Par contre, le contraire… Enfin vous l’avez sans doute constaté autour de vous.

Je le répète encore (et toujours), mais le plus important c’est de lire, de continuer à acheter des livres et de partager notre amour pour la littérature.

Désolé

Voilà, désolé pour ce coup de gueule un peu dur, mais j’avais cela sur le cœur depuis un moment.

N’hésitez pas à parler de votre expérience personnelle dans les commentaires de cet article, il est peut-être nécessaire d’ouvrir le débat.

9 réflexions au sujet de « Livre papier contre ebook : pourquoi tant de haine ? »

  1. Le , Philippe PETRINI a dit :

    Bonjour je voudrais ajouter une minuscule pierre à l’édifice : grand lecteur de science-fiction j’ai malheureusement des problèmes de vue ,non corrigeable, due à une maladie insidieuse : le diabète. La lecture sur liseuse m’a permis d’augmenter la taille des caractères et revoila un lecteur heureux : moi :).

    • Le , Nicolas a dit :

      Merci pour ce commentaire, on y pense pas souvent mes les appareils de lecture électroniques permettent aussi à beaucoup de personnes de continuer à lire.

  2. Le , Steph a dit :

    Coup de gueule très pertinent..
    J’ajouterais à cela qq éléments importants:

    – La baisse des ventes d’ebooks ne concerne que l’Amérique du Nord. Ailleurs, et notamment en Europe, celles-ci vont (très) bon train ! Et aucun signe pour croire que cela ne va pas continuer, malgré la frilosité des éditeurs.
    – La-bas, il y a deux choses à mettre en perspective: 1/ la hausse des prêts en bibliothèques et notamment via OverDrive aux US. Cela ne rentre bien sûr pas dans les chiffres des éditeurs, et cela ne veut pas dire que les gens lisent moins en numérique, bien au contraire ! 1/ La hausse, voire le boom, des ventes de l’auto-édition, qui ne rentre pas non plus dans les chiffres des éditeurs. Kobo a annoncé il y a peu que 15% des ventes étaient de l’auto-édition, et cela ne fait que grossir.
    Et c’est bien là le futur du livre numérique. Si les éditeurs ne réagissent pas et ne préparent pas mieux le futur, les auteurs vont se tourner vers l’auto-édition en numérique (qui pourra why not déboucher sur du papier, à l’instar de 50 Shades), et prendre en revers les éditeurs attentistes et frileux. le livre numérique ne réprésente que 5% des ventes à ce jour mais le jour où il sera à 25% (et ce jour arrivera quoiqu’on veuille), certains éditeurs devront mettre la clé sous la porte, faute de s’être adaptés.

    Et oui, l’important est de lire et de lire encore plus !!

    • Le , Nicolas a dit :

      Merci pour ce commentaire qui contribue à élargir notre vision de la lecture numérique.

      C’est vrai que j’ai même oublié de parler des livres auto-édités. Un phénomène à part entière qui mériterait un livre complet pour bien en comprendre toute l’envergure.

  3. Le , CrazyCat a dit :

    Ainsi que je le dis, le répète et le hurle depuis que j’ai une liseuse, la lecture électronique m’a permis de changer mes achats de livres papier. Au lieu d’entasser des livres de poche, puis parfois de faire un lâchage en bibliothèque, j’achète maintenant bien plus de beaux livres et réserve la liseuse au tout venant.
    Est-ce que j’achète (en volume) moins de papier ? Non.
    Est-ce que j’ai diminué mon budget papier ? Non.
    J’achète différemment, et je contribue à l’industrie du livre, indépendamment du support.

    • Le , Nicolas a dit :

      Je vous rejoints complètement.
      Je continue à acheter des livres papiers, j’en offre aussi ! J’achète sur Kindle et sur d’autres libraires en lignes, en magasin, etc. On est des lecteurs et des lectrices avant tout !

      Merci pour ce commentaire CrazyCat :)

    • Le , Jean-Michel a dit :

      Tout à fait d’accord.

      En fait avant j’entassais dans une bibliothèque qui croule sous les livres. J’en donnais quelque uns et les autres finissaient dans un carton au grenier.
      Maintenant je n’achète plus que des beaux livres (genre éditions Diane de Sellier) et je réserve les autres à ma liseuse.
      Cela est totalement stupide de croire qu’une personne qui a une liseuse ne va plus acheter de livres papiers …

      Bonne journée aux fans de lecture

      • Le , Nicolas a dit :

        Merci pour ce commentaire :)

  4. Le , JX75 a dit :

    Il n’y a pas d’incompatiblité… Personnellement j’aime tellement les livres imprimés que je n’ai aucune envie de risquer un beau volume tout neuf de chez Gallimard ou Minuit dans mon train de banlieue pour le retrouver écorné, déchiré, froissé ou trempé par une averse.

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