Ces inconnus qui gagnent des millions avec leurs ebooks

Voici une enquête qui m’a amené à fouiller les fonds de forums américains pour déterminer si, oui ou non, il est possible de gagner beaucoup d’argent en étant un auteur auto-publié. Mais, surtout, vous allez découvrir un véritable monde infernal où tout est bon pour vendre des livres.

Suite à une discussion avec un ami qui s’est lancé dans la publication de textes de fictions sur Amazon, j’ai décidé de voir à quoi ressemble la communauté des auteurs indépendants.

J’ai donc lu des milliers de messages sur des forums et des blogs complets – en anglais – dédié à l’art de vendre des ebooks sur Amazon et les autres services d’auto-publication de livres numériques (Kobo par exemple).

Et j’ai découvert des choses étonnantes…

L’auto-publication a tout changé

Qu’on se le dise, la vraie révolution apportée par Amazon au monde de la lecture n’est pas réellement le Kindle.

Introduit il y a 10 ans à grand renfort de communiqués de presse et d’efforts marketing, la première liseuse d’Amazon était au mieux un appareil de lecture passable.

Mais, l’arrivée au même moment (novembre 2007) du système KDP – Kindle Direct Publishing – a réellement changé le monde de l’édition, de la lecture et des auteurs.

Le service Amazon Kindle Direct Publishing

Le service Amazon Kindle Direct Publishing

L’idée derrière ce service est d’autoriser n’importe qui à mettre en vente son texte en format numérique sur le site Amazon. En moins de 48 heures, votre roman, votre nouvelle ou votre essai est alors disponible dans le monde entier.

N’importe qui – ayant accès à Amazon – peut alors acheter, télécharger et commencer la lecture.

Et, pour vous remercier, Amazon reverse à l’auteur 70% de l’argent récolté par la vente de l’ebook.

Mais, ce qu’Amazon n’avait peut-être pas prévu, c’est l’exploitation de ce système, voir même son abus, par toute une horde d’auteurs spécialisés avec de fortes compétences en marketing.

Ces auteurs ont alors utilisé KDP pour générer des millions de dollars en vendant des textes à la qualité parfois douteuses – comme le fameux genre de « Dinosaur Erotica » (oui ça existe !) qui a rapporté des dizaines de milliers de dollars à Christie Sims :

Taken by the T-Rex (Dinosaur Erotica) (English Edition) Taken by the T-Rex (Dinosaur Erotica) (English Edition)
Prix: Consulter sur Amazon.fr

Il n’aura fallu que quelques années pour voir apparaître les premiers millionnaires

Ce qui m’a réellement surpris, c’est que oui, des auteurs sont devenus millionnaires en publiant leurs livres, sans éditeur, sur Amazon.

C’est le cas, par exemple, de Amanda Hocking qui a décidé en 2010 de déposer son premier roman sur la plate-forme Amazon.

amanda HockingEn seulement 18 mois, elle aura écoulé plus de un million d’exemplaire de ses livres, ce qui fait d’elle la première millionnaire recensée auto-publiée sur Internet. Pourtant, la plupart du grand public ignore même son nom.

Un article du journal The Guardian raconte cette histoire incroyable en 2012 (lire ici en anglais).

Au final, elle aura gagné environ 2 millions d’euros en à peine 20 mois. Un revenu qui ferait rêver n’importe quel auteur professionnel, alors pour un amateur c’est encore plus extraordinaire.

Il y a quelques jours le site BBC lançait un article annonçant que les auteurs indépendants qui œuvrent dans le genre de la romance ont vu leurs revenus augmenter. Ils seraient désormais nombreux à gagner plus de 100 000 $ par an

Mon enquête aurait pu s’arrêter ici. Mais, il a coulé de l’eau sous les ponts depuis 2012 et j’ai souhaité en savoir plus…

KBoards.com : l’oeil du cyclone

Rapidement, mes recherches m’ont orienté vers un forum d’auteurs anglophones réunis sur le nom de domaine kboards.com.

A l’origine, il s’agit d’un forum d’utilisateurs des liseuses Kindle, des applications et des tablettes Fire.

Mais, c’est aussi le repère de nombreux écrivains indépendants qui cherchent et partagent des conseils, des astuces et même parfois des stratégies complètes et très élaborées sur les moyens de faire fortune avec des ebooks Kindle.

Car, sur les forums Kboards, les participants ne cherchent que rarement des conseils pour écrire un chef d’œuvre capable de changer le monde ou faire pleurer les lectrices. Ce qu’on y cherche, c’est surtout la recette miracle pour faire de l’argent.

Ainsi, prenons un exemple classique sur le forum. Un utilisateur se vante d’avoir publié deux livres et, en seulement trois mois, d’avoir assez d’argent pour quitter son emploi et vivre de l’argent rapporté par les ventes.

auteur qui vit de ses ebooks

Bien sûr, il écrit un genre à la mode “le NA Romance” qui est “New Adult Romance”. J’y reviendrai plus tard…

Il y a aussi l’exemple du monsieur qui gagne environ 300 000 euros par an en vendant ses ebooks :

300 000 euros par an avec ebooks

Ou, encore cet auteur qui explique que ses ventes de livres explosent en seulement quelques mois :

ventes d'ebooks chaque mois

Il n’est donc pas toujours évident de déterminer si tout ceci est bidon ou non…

Mais, les exemples comme ceux-ci sont nombreux et le forum est rempli du sujets sur la façon de vendre ses livres.

Les tactiques pour vendre plus d’ebooks

Pour vendre plus et gagner beaucoup d’argent, certains suggèrent directement d’avoir recourt à la publicité sur Facebook pour promouvoir les livres.

Des stratégies complexes sont alors mises en œuvre. Par exemple, si on a une série de 3 livres, on passe le premier en gratuit quelques temps, on crée aussi un “bundle” (c’est à dire un seul ebook regroupant les trois volumes) qui sera vendu à prix d’ami. Et on croise les doigts évidemment.

bundle fantasy book

Un auteur de fantasy présente son « bundle »

Ensuite, on fait la promotion de la réduction – ou du livre gratuit – sur des blogs, des newsletters, etc.

On peut aussi avoir recourt à de la publicité directement sur Amazon pour faire la promotion de ses ouvrages.

En investissant un peu d’argent, on arrive même à avoir des téléchargements qui permettent de propulser un temps les ebooks dans les meilleures ventes de leur catégorie.

Mais surtout, on demande à ses proches, et à ses “fans”, d’écrire un commentaire sur la page Amazon du livre.

Car la note, les commentaires et les avis constituent bien une préoccupation majeure chez les auteurs indépendants qui publient sur Amazon.

Rapidement, dès la mise en place du système en 2007, il a en effet été découvert deux choses :

  1. la note et le nombre de commentaires est très important : plus on a une meilleure note avec de nombreux commentaires et meilleures seront les ventes du livre, et du coup on retrouvera celui-ci dans les meilleures ventes ce qui donne plus de visibilité
  2. la couverture du livre est aussi un aspect majeur pour de bonnes ventes : sans surprise une belle couverture attirera les lecteurs

Toute ces recettes et astuces se passent de messages en messages, de sujets en sujets et d’utilisateurs en utilisateurs depuis des années.

Il est donc impossible d’échapper à ces conseils si on reste quelques temps à lire et à participer sur le forum.

C’est à ce moment qu’entre en jeu une deuxième catégorie d’utilisateurs : ceux qui vendent les pelles.

Les vendeurs de pelles

Clairement, la publication d’ebooks sur Kindle s’apparente à une ruée vers l’or.

liste des sujets kboards

Les sujets sur le forum Kboards n’ont pas toujours grand chose à voir avec l’écriture

S’il se murmure qu’un genre en particulier vend beaucoup, on lance immédiatement l’écriture d’une nouvelle pour “tester le marché” (30 pages suffisent généralement).

Si cela prend, on lance l’écriture d’une saga en 3 à 12 volumes de novellas (60 à 100 pages) ou de romans (150 pages et plus) sur la thématique pour profiter de l’aubaine. Car, oui, vous avez bien lu, la recette du succès consiste à écrire de grandes séries ou le plus, souvent des trilogies.

L’auteur indépendant doit donc devenir rapidement un analyste et un éditeur capable de dénicher les dernières tendances pour surfer sur la vague avant qu’il ne soit trop tard

Or, comme pour chaque ruée vers l’or, il y a aussi ceux qui vendent les pelles. Et ils sont nombreux dans le monde de l’auto-édition.

Il y a tout d’abord, les graphistes qui rappellent régulièrement via d’incessantes promotions sur Kboards que c’est réellement le bon moment pour acheter leurs illustration à prix cassés.

Ces visuels feront des merveilles pour vendre vos livres dans différentes catégories :

couverture de livres pas chers

Le forum est utilisé par de nombreux graphistes qui cherchent à vendre des couvertures de livres aux auteurs

Et puis, il y a le site qui fait rêver les auteurs indépendants : BookBubs.

Ce site, qui ne vous dit peut-être rien, permet de diffuser des offres promotionnelles à des lecteurs/acheteurs. A condition que le site accepte vos ebooks évidemment. Et pour cela rien ne vaut une belle couverture…

bookbubJ’ai aussi trouvé un logiciel qui permet aux auteurs de faire des études marketing complètes sur les ebooks : KDP Rocket.

Si un auteur souhaite écrire un livre de romance sur les pandas (pourquoi pas après tout), il peut alors utiliser ce logiciel pour obtenir des informations sur les catégories qui vendent le plus, avoir une estimation des chiffres de ventes et même un aperçu de la difficulté pour vendre un livre sur ce marché.

Ainsi, en utilisant ce logiciel, vous vous rendrez peut-être compte que les vampires ne sont plus à la mode mais que les zombies ça vend toujours (et donc ça rapporte).

Et puis, pourquoi pas transformer votre thriller d’action futuriste (parce que vous êtes un fan de Crichton) en romance si ça vend plus ? Ne riez pas, sur KBoards, certains se posent réellement la question.

Enfin, il y a les inévitables relecteurs et correcteurs.

Et, il faut l’admettre, c’est un service souvent nécessaire pour les auteurs indépendants habitués à sortir plusieurs livres par ans dans des genres différents.

Ces correcteurs sont nombreux à hanter les forums KBoards pour proposer leurs services – toujours avec 20% de réduction parce que c’est l’hiver, ou la nouvelle année, ou le printemps ou les grandes vacances !

Les méthodes pour faire fortune

Mais, le must de la carrière d’écrivain amateur millionnaire c’est de devenir un coach pour expliquer aux autres auteurs que oui, c’est possible, on peut y arriver aussi. Et donc de gagner encore plus d’argent.

J’ai trouvé ce cas de figure assez régulièrement mais je me suis attardé sur le cas de JF Penn. Cette dame est auteur de thrillers surnaturels à succès sur Amazon qui a décidé subitement de prodiguer ses bons conseils.

Mais, elle utilise un autre nom, Joanna Penn, pour vendre des livres qui expliquent comment gagner beaucoup d’argent en vendant beaucoup de livres.

Il y a même quelques ouvrages en Français sur Amazon.fr :

Pourquoi un auteur de fiction à succès se lance dans une carrière de coach pour expliquer aux autres comment aussi avoir du succès ? Être écrivain ne suffit plus ?

Pour être honnête, je n’ai pas de réponse toute faite à cette question. Mais j’ai quelques hypothèses.

En étudiant le marketing bien huilé des livres de JF/Joanna Penn (vous pouvez en télécharger certains gratuitement sur Amazon), j’ai remarqué que chaque livre gratuit sensé expliqué comment mieux écrire est un avant goût d’un livre payant.

Le schéma constaté sur les forums KBoards (et vous pouvez consulter Reddit aussi pour le marketing) reste le même : une bonne partie des auteurs cherchent à identifier quelle “niche” littéraire va leur permettre de faire fortune.

Si quelques uns décident que celle des “conseils pour les auteurs” est la bonne niche, on va voir fleurir de nombreux livres à ce sujet.

C’est donc sans doute pour cela qu’on trouve de nombreux ebooks sur la manière d’écrire un bon livre, de gérer une intrigue policière ou, de manière plus brute, d’écrire un livre pour en faire un best-seller.

Oui, il y a beaucoup d’argent à se faire avec les ebooks

gagner argent vendre ebooksAprès de nombreuses heures à, moi aussi, hanter les forums de discussions sur le sujet, je pense qu’il y a de nombreux auteurs qui gagnent bien leur vie avec la publication d’ebooks en indépendant.

Il y a même quelques millionnaires, c’est certain. On en a vu dans la presse et d’autres ont été repérés et publiés chez des éditeurs classiques.

Mais, il y en a aussi qui sont trop occupés à écrire et qui ne fréquentent que peu, ou plus, les forums en ligne.

Quelque part, j’ai l’impression amusante d’assister, en direct, à la vie des auteurs de “pulp” et autres romans de gare d’antan.

Avec la génération Kindle, les auteurs publient directement sur Internet leurs manuscrits et les vendent (ou non) sans l’aide de personne.

Les plus rapides, malins et assidus arrivent même à publier un roman par trimestre pour subvenir à leurs besoins et ceux de leur famille.

Mais, ne nous y trompons pas, pour un millionnaire, combien d’auteurs ne gagneront pas plus de 100 € par an ?

PS : merci Stéphane pour m’avoir inspiré cette enquête.

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