Carrefour, Nolim et Relay : analyse de ces échecs

analyse échec nolimMais que se passe-t-il en France ? Les chiffres de la lecture numérique sont si mauvais que Carrefour et aujourd’hui Relay ont décidé de jeter l’éponge ?

En quelques heures, Carrefour a annoncé un grand plan de redressement de son entreprise et mis fin à l’expérience Nolim et Relay vient d’annoncer la fin de son service de vente d’ebooks.

Si je n’ai jamais trop cru à la presse numérique dans le sens ou le format papier n’est pas simplement adaptable en numérique (c’est mon avis pas une vérité absolue), Relay avait une véritable offre à créer pour amorcer le virage numérique.

Or, comme toutes les grandes entreprises, les résultats décevants de la lecture numérique en France ont eu raison de ces nouveaux projets, chez Relay comme chez Carrefour.

La lecture numérique qui a du mal à percer

Qu’on se le dise, les chiffes de la lecture numérique en France ne sont pas très bons.

On constate et s’accorde à dire que seulement 5 % des livres vendus en France, le sont au dans un format dématérialisé.

Si ce phénomène est entretenu par les éditeurs, on peut aussi remarquer que la fragmentation du marché n’a pas joué en la faveur des différents acteurs, toujours plus nombreux, qui ont tenté de conquérir des parts de marché.

Peut-être qu’il y a trop d’acteurs en France sur le secteur de la lecture numérique ?

Le cas Carrefour et Nolim

nolim liseuse carrefourAinsi, lancé en 2013, la marque Nolim avait choisi « un couple gagnant » avec plusieurs modèles de liseuses (conçue par les Français de Bookeen) mais aussi une librairie en ligne et accessible depuis le matériel.

Cette initiative avait tout pour conquérir un marché important grâce à la présence de Carrefour sur son territoire.

Malheureusement, quelques années après les débuts de l’expérience, Nolim n’a pas su décoller.

liseuse nolimbook xlPourtant, on peut dire que des efforts ont été fait – au début : des liseuses 6 pouces sont sorties et même une grande liseuse 8 pouces.

Un site Nolim.fr a aussi été lancé, mais la machine qu’on pensait bien huilé de Carrefour a montré ses limites en matière de stratégie numérique.

Tout d’abord, pourquoi avoir des magasins en pagaille sur toute la France si on est pas capable d’y placer ses liseuses Nolim et de les présenter au public ?

Dans mon Carrefour, je n’ai jamais vu la liseuse Nolimbook XL grand format ni la dernière Nolim avec couverture intégrée (test ici). Et je ne pense pas être un exemple isolé…

Ce premier couac de distribution n’a été que renforcé par l’incapacité d’acheter en ligne les machines. Sur le site Nolim.fr on nous renvoie directement vers le site de Rue Du Commerce ! Ce qui , vous en conviendrez, casse le confiance de l’acheteur qui veut une liseuse Carrefour.

Et bien évidemment, on ne trouvera rien d’intéressant sur le site Carrefour.com.

Donc, même si un client potentiel aperçoit la liseuse en boutique, il ne la retrouvera pas sur le site du magasin à moins de faire une recherche sur Google avec la référence exacte de la liseuse qu’il a vu.

Dans ces conditions, le résultat final – bien que dramatique – n’est pas étonnant. C’est donc avec tristesse que Carrefour range maintenant ses liseuses à la cave…

Le cas Relay

cybook tablet chez relayLe nouveau cas de Relay (lire ici) est plus compliqué.

L’entreprise est très bien implantée dans les gares et d’autres endroits stratégiques et agit comme un relais presse.

Dès l’été 2013, l’entreprise souhaite diversifier son activité en ajoutant une couche de numérique. La première idée est de miser sur la tablette.

Ces petits appareils tactiles sont alors à la mode et ils possèdent de nombreux avantages, dont celui de pouvoir profiter à la fois de vidéo, de texte et même de BD.

Un partenariat est alors conclu avec Bookeen pour commercialiser la Cybook Tablet : une petite machine de 7 pouces vendue dans les boutiques Relay.

Vendue au prix de 159,99€, on reçoit aussi 10 magazines numériques chaque mois gratuitement pendant 3 mois – et après il faut payer.

Sans surprise, on ne va pas vraiment acheter une tablette dans un bureau de tabac ou un « Relay presse » et l’offre ne prend pas facilement.

L’offre s’est ensuite tournée vers les liseuses et finalement uniquement vers la distribution d’ebooks et de magazines numériques en partenariat – toujours – avec Bookeen. Sans plus de succès.

Si j’étais optimiste pour Carrefour (on achète un peu de tout dans un supermarché, y compris des livres et des téléphones), j’ai toujours trouvé que l’offre de Relay était compliquée.

Si on se rend dans une boutique Relay c’est vraiment pour acheter du papier – et cela ils le font bien. Même si on me propose (via une affiche ou un vendeur) un livre numérique pour mon smartphone, ma tablette ou ma liseuse, je ne pense pas que je ferai plus confiance à Relay qu’à Amazon, Kobo, Bookeen, Fnac ou Tea.

Qui sera le prochain ? La SNCF ?

catalogue sur le site e-livre sncfJ’ai dans ma ligne de mire une autre entreprise qui n’a rien à faire sur ce marché de la lecture numérique et qui tente pourtant de s’y faire une place.

Il s’agit bien évidemment de la SNCF qui a lancé il y a un peu plus d’un an un service comparable à celui de Relay : https://e-livre.sncf.com/

Je ne connais pas du tout les performances commerciales de ce service. Mais les ingrédients sont tous réunis pour que l’opération soit difficile à rentabiliser : système de distribution compliqué, entreprise pas connue pour cela à la base, etc.

Espérons pour eux que cela se passe mieux que pour Relay…

Pourquoi il n’y a pas de place pour tout le monde ?

bébé tristeJe suis le premier à dire que la concurrence sur ce secteur à du bon. Mais, j’avoue que les déroutes de cette semaine m’inquiètent.

Si je regarde l’offre de Relay, je remarque quelque chose de dramatique : c’est horriblement compliqué d’arriver à lire un ebook acheté sur Relay sur une machine – peu importe si c’est un téléphone, une tablette, une liseuse ou un ordinateur.

Jetez un coup d’œil par vous même à cette page : https://livre.relay.com/faq

C’est pour cette raison que l’intégration parfaite de la librairie, des ebooks et de la machine (liseuse ou tablette) doit être réalisée.

C’est aussi pour cette raison que Kobo ou Amazon réussissent (il semble en tout cas) sur ce secteur.

Je pense que l’industrie française de la lecture numérique devrait maintenant se regrouper et se concerter pour arriver à ce que tout le monde soit d’accord sur la bonne méthode technique à employer pour vendre des livres numériques. Je pense notamment à la question des DRM.

Oui, le DRM c’est mal. Mais il semble que ce soit un mal nécessaire dans le monde de l’édition.

Alors pourquoi ne pas adopter un système de protection qui fonctionne réellement et qui ne mette pas des bâtons dans les roues du lecteur comme le DRM Adobe Digital Edition ?

La piste ouverte par Tea et son système ouvert CARE semble être la bonne.

Peut-être qu’il est temps pour Bookeen d’étudier l’implémentation de ce système dans leurs liseuses pour permettre aux lecteurs d’acheter enfin un livre quelque part et de le lire ailleurs.

Ainsi, peut-être que j’achèterai mes livres sur des libraires en ligne exotiques si j’ai l’assurance que les ebooks vont fonctionner sur ma Bookeen Saga ou ma Tea Touch HD.

Tolino l’a bien fait en Allemagne, alors pourquoi pas en France ?

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