Bandes dessinées sur liseuse et tablette : les problèmes bien français de l’offre numérique

france bd numériqueAprès des années de disponibilité, l’offre en bandes dessinées numériques sur liseuse et tablette peine à percer. Nous allons voir pourquoi et ce qui pourrait améliorer l’offre existante.

20 ans de lecture de BD numériques ?

Comixology

Cela fait déjà 11 ans que le service de lecture de bandes dessinées numérique Comixology existe.

Après onze années, de nombreux services concurrents ou complémentaires se sont lancés sur un marché sans cesse plus important.

Malgré une offre sans cesse plus attrayante, la BD sur liseuse ou tablette peine à percer en dehors du cercle d’amateurs et gros lecteurs de planches en tous genre.

Pourtant, même si l’on considère que ComiXology est sans doute le premier gros succès de la lecture de BD dématérialisée, les fans de bulles m’ont tous confirmés le point suivant : les bandes dessinées s’échangeaient déjà sous le manteau bien avant, via des fichiers PDF réalisé par des fans à l’aide de scanners de bureau !

Ces scans s’échangeaient sur clés usb ou via des forums de discussions privés.

Pour certains c’est l’arrivée de la connexion ADSL en France et le haut débit qui a tout changé.

Alors qu’au milieu des années 90 l’échange de fichier de plus quelques Mo semblait impossible, l’arrivée des connexions personnelles à haut débit a permis les téléchargements d’albums de bandes dessinées complètes au format PDF.

Les services que nous connaissons aujourd’hui n’ont, semble-t-il, fait que répondre à ce besoin en permettant aux amateurs de souscrire à une offre légale.

L’offre en France

ComiXology étant une société américaine (depuis tombée dans le giron d’Amazon), nous allons nous intéresser plus particulièrement à l’offre en bandes dessinées numérique disponible en France.

Tout d’abord, ce sont les grands distributeurs d’ebooks qui ont commencé à lancer des BD dans des formats ebook classique.

C’est le cas, par exemple, des albums d’Astérix qu’on a rapidement retrouvé chez les libraires numériques classiques : Amazon, Fnac.com / Kobo, Cultura / Tea, Bookeen, etc.

Puis, une offre plus pointue est apparue avec la création de sociétés spécialisée dans la distribution numérique de BD.

Le service de lecture de BD iznéo

On peut citer les deux plus grands acteurs Français :

 

En plus de ces deux spécialistes, on peut noter deux autres services qui permettent de lire des bandes dessinées (franco-belge mais aussi comics ou manga) différemment :

Une offre conséquente mais peu de lecteurs de BD numériques ?

Lorsqu’on fait l’inventaire de l’offre légale disponible on peut penser qu’il y a ce qu’il faut (nous verrons par la suite que ce n’est pas tout à fait le cas).

Pourtant, les récents mouvements des entreprises spécialisées suggèrent que les lecteurs ne sont peut-être pas assez présents.

Ainsi, Iznéo, le pionnier du marché en France, a décidé de s’associer à Fnac pour continuer son développement et trouver de nouveaux relais de croissance.

De son côté, Sequencity est parti voir du côté de Leclerc voir si l’herbe n’y était pas plus verte.

Aux USA, ce n’est pas forcément mieux : ComiXology a été acheté il y a longtemps par Amazon.

Application dédiée Marvel Comics

Pourtant, il semble que l’industrie reste confiante.

Ainsi, aux USA, qui reste un marché particulier, l’éditeur Marvel a décidé de lancer son propre service et DC Comics devrait faire la même chose d’ici la fin de l’année.

Si ces deux éditeurs comptent se passer (plus ou moins) de distributeurs, c’est qu’ils pensent qu’il y a encore un fort potentiel dans la bande dessinée numérique.

France : moins de 5% des lecteurs de BD lisent en numérique

omparatif liseuse kindle kobo lecture bdLe constat est le suivant en France : il y aurait environ 5% de lecteurs de bandes dessinées qui lisent en format numérique.

C’est très peu comparé à des pays comme les USA ou le Japon où l’on est proche des 20%.

Alors comment expliquer ce désamour ?

Dans un rapport de la Hadopi publié en décembre 2017, il est expliqué qu’en France, les éditeurs sont très frileux.

Ainsi, peu d’éditeurs mettent en avant une offre numérique qui possède pourtant des avantages :

  • disponibilité immédiate de l’œuvre en télécharger la bande dessinée directement sur son appareil de lecture (liseuse ou tablette)
  • prix inférieur à l’album papier de 30% à 50%

Pour les auteurs c’est même pire puisqu’ils seraient peu enclins à renégocier d’anciens contrats qui n’avaient pas prévus l’offre numérique.

Chez les auteurs plus jeunes, il semblerait que le numérique soit plus vu comme une opportunité de toucher de nouveaux lecteurs, peut-être plus jeunes qu’un problème.

Tant mieux.

Les liseuses pas faites pour la lecture de BD

kindle oasis pour les mangasEn ce qui concerne les appareils, il n’y a pas de mystère : la liseuse n’est pas faite pour lire les BD.

Ainsi, avec son petit écran de 6 pouces – sauf pour les modèles de liseuses plus grands – et son absence de couleur, cet appareil reste vaguement utilisé pour la lecture de manga.

Amazon a d’ailleurs commercialisé une version spéciale de sa liseuse Kindle au Japon dédiée à la lecture de mangas.

Mais en Europe le mot n’est pas encore passé auprès des lecteurs, malgré une mise à jour logiciel améliorant la lecture de ce genre.

> lire un manga sur liseuse ou tablette (tuto)

Izneo sur un iPad

L’expérience de lecture numérique reste donc essentiellement réalisée sur tablette ou smartphone. Voir, dans le pire des cas (à mon avis), sur ordinateur.

Vous pouvez lire ce test pour vous faire une idée de la chose :test du service de lecture Iznéo.

Bref, si on veut de la couleur pour lire de la Bd européenne ou américaine, il faut passer par la tablette.

Or, ces appareils ne sont pas vendus comme des appareils de lecture. Il est donc nécessaire de faire la démarche d’aller dans le store applicatif (Google Play ou App Store d’Apple) pour installer une des applications de lecture de BD disponibles.

Ensuite, il faut s’inscrire, télécharger des albums et essayer.

Pourtant, il semble que peu d’utilisateurs le fasse.

L’inscription est gratuite et toutes les applications proposent des BD gratuites, donc le problème n’est pas financier.

C’est seulement que la démarche est trop longue ou trop compliquée.

A lire, si vous cherchez des tablettes pas chères pour lire des BD :

Avec une liseuse, tout est plus simple : on sort la machine de la boîte et elle est conçue pour la lecture. Une fois qu’on a paramétré son compte, on a accès directement – sans installation supplémentaire – à une librairie depuis la machine.

C’est peut-être là le véritable frein de la lecture numérique de bandes dessinées.

Mais aux USA cela fonctionne pourtant !

Un problème culturel ?

lecture d'une case de comics sur Fire HD 8

une case en plein écran sur Fire HD 8

La lecture de BD numériques semble donc beaucoup plus répandue à l’international qu’en France.

Est-ce que cela peut s’expliquer par un problème culturel ?

Il me semble que oui. J’ai l’impression qu’au delà de l’œuvre culturelle, le Français semble très attaché au support.

On pourrait parler de lecteur matérialiste car le respect de l’objet comme étant un élément à part entière de l’art semble très important.

Pourtant, l’offre numérique touche directement là où cela fait mal : au portefeuille du lecteurs qui peut espérer réaliser des économies importantes en achetant ses albums en numérique plutôt qu’en papier.

Et si on pouvait télécharger les BD ?

Traditionnellement, les Français sont méfiants et ne font pas beaucoup confiance aux services informatiques.

Or, expliquer qu’après l’achat il est nécessaire d’avoir le logiciel Iznéo pour lire une BD qu’on a acheté chez eux et qu’on ne peut pas la télécharger pour la sauvegarder sur son ordinateur peut poser problème.

Ainsi, sans possibilité de téléchargement, mes bandes dessinées achetées sur Sequencity ne peuvent pas être lues avec l’application d’Iznéo. Mes comics achetés chez Amazon Kindle, ne peuvent pas être lus avec l’application Sequencity, et ainsi de suite.

Si l’on est gourmand et qu’on lit beaucoup de BD, cela peut devenir un véritable casse-tête !

Le problème est pourtant connu : toute la chaîne de l’édition a très peur du téléchargement illégal et de la copie. Donc, ils pensent qu’en commercialisant des bandes dessinées sans DRM qu’on peut télécharger sur son ordinateur, le piratage va exploser.

Pourtant, d’après des spécialistes, le piratage de BD est déjà largement répandu et des alternatives intéressantes aux DRM envahissants et contraignants existent.

On peut citer le DRM interropérable CARE ou, plus simplement, le tatouage numérique (dans ce cas, le nom de l’acheteur est « tatoué » dans le fichier ce qui permet de retrouver la trace d’une personne qui a partagé un ebook).

Développer le catalogue numérique pour convaincre les lecteurs

THORGAL : le tome 1 sur Sequencity

En regardant les catalogues de plus près, on constate qu’il ne sont finalement pas si bien fourni que cela.

On parle, par exemple, d’un peu plus de 20 000 titres pour Iznéo. C’est à la fois beaucoup, mais aussi très peu comparé à l’histoire de cet art.

La bande dessinées numérique et dématérialisée possède un gros avantage : il est facile de vendre des séries complètes et de commercialiser des ouvrages sans passer par l’étape coûteuse de l’impression et du transport.

En développant l’offre légale et en enrichissant le catalogue, cette nouvelle approche de la lecture pourra alors devenir, non pas une alternative, mais un vrai complément à la lecture de BD papier.

C’est peut-être de cette manière que la communication se fera finalement…

La parole est à vous…

Pour celles et ceux qui lisent des BD numérique (et pourquoi pas sur tablette ou sur liseuse), vous en pensez quoi ?

Et pour les autres, pourquoi n’avez vous pas essayé ce support ?

 

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